Comprendre
        par Odile Mangeot

Si nous nous accordons sur la condamnation du terrorisme et de ses horreurs, pour autant un cadavre ou des milliers de morts ne sont pas une explication. Nous ne pouvons échapper à la question du pourquoi, au risque d’accepter la riposte qui, sous  prétexte de « liberté immuable » permet aux Etats de développer des actes contre-terroristes, utilisant des méthodes de représailles aveugles. Les populations palestiniennes en connaissent à nouveau le prix de manière intensive.

L’information donnée sur le terrorisme ne devrait pas se limiter au comment mais d’abord porter sur le pourquoi. Pour que le terrorisme international cesse de porter la mort et la peur, il faut bien se demander pourquoi des « hommes » acceptent de mourir et d’en faire mourir des milliers, pourquoi des Israeliens et des  Palestiniens sont assassinés.

Le Monde Diplomatique, il y a 15 ans, alors qu’une vague d’attentats frappait l’Europe écrivait « La question du terrorisme n’est pas neuve ; mais peut-être y a-t-il quelque chose de neuf qui pourrait marquer comme un tournant : la réaction des Etats est devenue, partout, massivement sanglante : plus meurtrière que le terrorisme lui-même…Ce qui semble nouveau, c’est la généralisation de la manière forte. Le terrorisme est-il désarmé pour autant ?…Le terrorisme pose une question politique à laquelle la seule réponse punitive fait renoncer à la résolution du problème. Qu’il faille répondre au terrorisme ne soulève pas d’objection. Il apparaît immédiatement comme un défi à la démocratie et à l’Etat de Droit. Mais, si la Démocratie admet le conflit, elle préconise des procédures qui évitent le recours à la violence : le débat, la négociation, la recherche de compromis ». C’est le premier risque pour la Démocratie que d’en rejeter les moyens.

Le deuxième risque si l’on ne cherche pas le « pourquoi », dans les actes terroristes et contre-terroristes en Afghanistan, c’est de laisser se diffuser l’idée qui serait que « l’Occident », les « démocraties civilisées » sont engagées dans une « croisade » contre des « musulmans fanatiques et totalitaires », vision d’autant plus plausible que les terroristes ont proclamé le « djihad » (la guerre sainte) contre les « croisés infidèles » qui opprimeraient la communauté des musulmans.?

En occultant les motivations politiques des terroristes, et en ayant recours à un vocabulaire suscitant les amalgames, utilisant les termes d’islam, fanatisme, terrorisme, fondamentalisme, intégrisme, islamisme, l’on participe à l’obscurantisme et non à la construction d’une démocratie à l’échelle mondiale ; la multiplication de nouveaux « subordonnés » à la domination et la géostratégie hégémonique de « l’empire américain » ne pourra qu’inhiber et non encourager le développement de la démocratie là où elle a d’énormes progrès à faire, pour libérer les hommes et les femmes des jougs totalitaires, qu’ils proviennent des religions, des régimes politiques ou des choix économiques.

Telles sont nos raisons majeures d’aborder le thème principal de ce bulletin « qu’est-ce qui provoque le terrorisme et ses actes sanglants ? ». La réponse est multiple et complexe car elle est nécessairement replacée, pour chaque événement, dans un contexte différent, obligeant à aborder la question par un cadre d’analyse qui permette de comprendre l’enchaînement des multiples épisodes de tentatives de domination, de maintien sous dépendance des peuples et de volonté de libération de ceux-ci.

C’est pourquoi nous traiterons le problème au cours de  plusieurs bulletins. Nous vous invitons à compléter notre réflexion par des éclairages ou apports qui vous sembleraient nécessaires.

Ce sera pour 2002 ! A l’année prochaine pour enrichir nos débats !

Odile Mangeot
 
Sources – in « Manière de voir »   n° 60
« 11 septembre 2001 – Ondes de choc »