2002 entre craintes et espoirs
    par  Régis Coromina

Plus que jamais, en ce début d'année, nous devons croire en un monde plus juste, plus équitable, plus humain. Avec force et lucidité, nous continuerons donc à proclamer en 2002 "d'autres mondes sont possibles". J'ajouterais : d'autres mondes sont nécessaires. Nous savons tous que notre lutte sera longue et difficile, tant le système que nous combattons (pacifiquement !) et  dont l'expression la plus spectaculaire est la mondialisation financière, semble chaque jour gagner du terrain, rongeant, tel un acide, les derniers piliers de l'Etat providence. Mais l'arrogante certitude des zélateurs de ce système, qui réclament à cor et à cri toujours plus de libéralisation, les Seillière et consorts, cache peut-être des inquiétudes. Comment pourraient-ils ignorer, nos dominants de tous ordres, que des forces nouvelles émergent à travers le monde ? Comment pourraient-ils ne pas voir que l'absurde logique de leurs dogmes conduit au chaos ?

Cela doit renforcer notre volonté, nous Amis du Monde Diplo, "d'enfoncer le coin" plus profondément dans les failles de cette belle mécanique. Nos outils, vous les connaissez : des conférences publiques, pour qu'un nombre croissant de "citoyens" soit informé des stratégies en oeuvre et des manipulations dont nous faisons l'objet ; des débats mensuels, pour permettre à chacun de travailler sur le sujet de son choix et de susciter la discussion ; le bulletin, libre tribune pour tous ceux qui veulent contribuer, même modestement, à notre réflexion.

Le travail accompli nous a permis d'acquérir une certaine reconnaissance auprès du public. Nous ne nous en satisfaisons pas. Nous sommes ambitieux, en ce sens que nous désirons ardemment, non la « gloire » bien sûr, mais la diffusion la plus large de nos valeurs. Nous voulons que le nombre de ceux qui s'engagent activement pour porter la contradiction partout où cela est nécessaire afin de combattre la pensée dominante, se multiplie.

Dans les mois qui viennent, nous allons rencontrer des associations et des syndicats qui partagent notre vision du monde dans la perspective de constituer un "réseau" – informel - d'acteurs de terrain.

Il s'agit, dans le respect des spécificités de chacun, de constituer une force capable de réagir, d'être entendue et d'influer sur le cours des choses, au niveau local. Notre objectif n'est pas de faire de la politique au sens partisan du terme, mais de participer à la vie de la cité. Nous sommes convaincus que l'efficacité de nos actions passe par l'information (connaître les faits) et la formation (posséder les outils pour les analyser). En multipliant les relais, nous nous donnerons plus de moyens.

Ce bulletin, qui fait suite à notre débat de décembre, est consacré à la dette des pays des tiers mondes. Vous y trouverez un historique et une analyse de mécanismes qui sont au cœur du système capitaliste mondial.

En écho à ce dossier, l'Argentine vient nous rappeler la réalité des dégâts humains provoqués par des politiques menées, sinon sous la coupe, du moins selon l'orthodoxie du Fond Monétaire International (FMI). Car l'Argentine était le pays que les experts aimaient citer en exemple pour sa stricte observance des règles ultra-libérales : privatisations massives, démantèlement des services publics, déréglementations et dérégulations des marchés financiers et du travail etc.. Mais ce qui devait assurer la prospérité du pays l'a conduit à la ruine. Cette politique, qui s'ajoutait au poids de la dette (les intérêts    représentent un quart du budget de l'Etat), au maintien suicidaire d'une parité artificielle entre peso et dollar, à une corruption généralisée, au peu de civisme des possédants et, surtout, à l'inconséquence criminelle des gouvernements successifs, a précipité les Argentins dans le chaos et la misère. En cinq ans, le chômage a explosé, le pouvoir d'achat s'est effondré. Un tiers de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté.

Les gouvernements qui se sont succédé ces dernières semaines, sous la pression de la rue, ont imposé un moratoire sur le paiement de la dette et affirmé refuser le diktat du FMI. Démagogie ou réelle volonté de rupture? Sans une mobilisation internationale, il semble difficilement imaginable que la fragile Argentine résiste longtemps au Goliath - système financier international. Cela constitue pourtant un sévère avertissement pour les pays riches et en premier lieu, les Etats-Unis. Les ingrédients de l'explosion (dette, pauvreté, corruption…) sont  largement répandus à travers le monde. Combien d'autres « Argentine » en puissance ?

Régis Coromina