Monsieur Chirac, la vie d’un Tchétchène a-t-elle moins de valeur que celle d’un Irakien ?
 
par Régis Coromina

Au moment où le cirque médiatique nous sert, jusqu’à l’écoeurement les pantomimes pathétiques des " grands " de ce monde, au sujet de la probable prochaine guerre en Irak, un drame d’une dimension inouïe se déroule en Tchétchénie, depuis 1999, dans l’indifférence quasi générale.

La communauté internationale, et particulièrement l’Union Européenne, par son lâche silence, permet qu’un génocide s’y perpétue impunément et s’en rend complice, alors qu’une forte condamnation et des sanctions financières auraient pu y mettre fin depuis longtemps.

Cette guerre qui n’en est pas une, majoritairement rejetée par la population russe, ne se justifie nullement sur le plan géopolitique : bien que présentée comme une lutte contre le terrorisme, elle ne sert en réalité à M. Poutine qu’à asseoir son pouvoir et à diriger la Russie d’une main de fer. Ce Président, pourtant démocratiquement élu, fait payer à une population innocente un prix d’une effroyable cruauté pour ses calculs politiciens : enlèvements, tortures, assassinats, une capitale de 400 000 habitants, Grozny, rasée, 250 000 réfugiés, vivant dans des conditions extrêmement difficiles, etc.

Cette tragédie marque, d’ores et déjà, ce siècle naissant d’une empreinte funeste et vient se ranger aux côtés des génocides arméniens, cambodgiens et rwandais, pour n’en citer que quelques-uns. Les exactions commises là-bas par une armée de soudards incontrôlés, relèvent de la qualification de crime contre l’Humanité. A ce titre, M. Poutine devrait être mis au ban des nations et traduit devant une Cour pénale internationale, pour répondre de ces actes barbares. Au lieu de quoi, il est sur le point d’être accueilli en grande pompe par la France, " pays des Droits de l’Homme et de la Déclaration universelle ", pour la seconde fois en un an, à l’invitation du Président de la République, Jacques Chirac.

Ce voyage est à la fois une provocation et un déshonneur pour notre pays et celui qui le représente, d’autant plus que la question tchétchène n’est pas même à l’ordre du jour des entretiens prévus. On y parlera certainement de commerce, d’amitié entre les peuples et de futur radieux pour nos deux grandes nations, mais la question qui fâche sera soigneusement évitée, à un moment où l’on a besoin de la Russie pour s’opposer aux Etats-Unis. Le cynisme d’Etat n’est pas une invention récente, et, manifestement, il est promis à un bel avenir.

Les Amis de l’Emancipation Sociale de Belfort s’indignent de la venue de M. Poutine et appellent tous ceux qui compatissent aux malheurs du peuple tchétchène et qui, en tant que citoyens français, se sentent outragés par ce voyage, à faire connaître leur mécontentement auprès de la Présidence de la République, de leurs parlementaires et de l’ambassade de Russie en France.

Aujourd’hui, Tchétchènes, Palestiniens, et bien d’autres, demain Irakiens et Ivoiriens, comment supporter que tant de peuples soient sacrifiés au nom de l’intérêt d’Etat et du commerce : il est temps de rompre le silence !

Régis Coromina ( le 11.02.2003)