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Délégitimation des institutions et légitimité populaire

 

Les institutions internationales sont elles garantes de la légalité internationale ? Les Etats ont-ils un rôle de régulateurs en tant que porteurs des principes d’égalité sur leur territoire ? Ces acteurs de la scène mondiale peuvent-ils jouer un rôle face aux multinationales qui " contrôlent plus des 2/3 des investissements et des échanges mondiaux " ?

Après la guerre en Irak, qu’en est-il de l’arbitrage de l’ONU ? Le 1er mai, G. Bush déclarait la fin des " opérations de combat majeures " en Irak. Pour autant, l’instauration de la démocratie semble moins simple à mettre en œuvre que le " partage " des marchés de reconstruction. Personne ne s’en étonnera. Pas même les meneurs de guerre, qui pensaient, sans aucun doute, exporter autre chose que la démocratie. Personne n’est dupe.

Le 22 mai dernier, le vote de la résolution 1483, par le Conseil de Sécurité, est un nouveau recul de l’ " autorité " de l’ONU. Le texte, adopté à l’unanimité, lève les sanctions imposées depuis 12 ans à Bagdad, et organise l’administration de l’Irak. Il confie, à l’occupant américain, la reconstruction de l’Irak, l’exploitation de ses ressources pétrolières et l’organisation, en coopération avec l’ONU, d’un processus politique devant amener à des élections et à la formation d’un gouvernement. L’ONU, dont le rôle principal est de pacifier, d’assurer la sécurité collective, au nom de ses Etats membres, subit, là , une " défaite morale ", légitimant, par là-même, a posteriori, l’agression américaine. Ce " précédent " marque un tournant dans la structuration de son pouvoir, qui disparaît au profit de la puissance occupante de l’Irak.

  • Quelle instance internationale, garante de la représentation des pays du monde, aura, demain reconnaissance et autorité, face à la volonté hégémonique d’un seul Etat, celui de l’Empire US qui prétend régenter, seul, l’organisation du monde ?
  • Qui arbitre les batailles commerciales en Irak ? C’est la puissance occupante, et certainement pas l’OMC, instrument des multinationales, en harmonie parfaite pour jouer la partition " libre échange total ". Ainsi, la société Bechtel – 1ère entreprise américaine de travaux publics, qui entretient des liens étroits avec les Républicains américains, (elle a versé aux comptes de campagne de divers candidats entre 99 et 2002 1,3 million $) a obtenu, dès la mi-avril, un marché de travaux de reconstruction de l’Irak de 680 millions $. Cette autorisation lui a été donnée à huis clos, dans le cadre de la loi du " libre échange " qui est " tout sauf libre " car " il est imposé, corrompu, trompeur et violent "(1) L’on retrouve la société Bechtel dans les contrats de privatisation de l’eau en Inde ou en Bolivie (2). " Le secret et le manque de démocratie et de transparence caractérisent les méthodes utilisées pour remporter les marchés juteux " (1)

Alors, les Etats pourraient-ils réinsuffler une certaine " éthique " aux marchés commerciaux et financiers ? Assurément, non, puisque ce sont eux, les plus riches du G8, qui, au sein de ce " club de potentats " co-définissent, " depuis 1980, les orientations de la mondialisation néolibérale qui favorise les intérêts des transnationales et des investisseurs, promeut l’élargissement du commerce mondial, les privatisations et la réduction de la dépense publique ".

C’est à ce titre que le Gouvernement français entreprend la réduction des dépenses publiques, celles de d’éducation nationale, celles des services publics de santé, celles consacrées à la lutte contre les exclusions … Cet Etat qui fait preuve de " raison ", en lançant la " chasse aux nantis, aux profiteurs " : les " retraités " de la fonction publique, les " Rmistes ", les allocataires de la Sécurité sociale… Il dit faire preuve d’une grande " prudence " dans la gestion des fonds publics et affiche son souci " d’égalité ", tout en laissant libre la spéculation financière.

Comble de l’impudeur, ces spéculateurs, actionnaires, principaux intéressés dans le rendement des entreprises, si prompts à dégraisser le personnel, contestent la rémunération des grands patrons, injustifiée du fait de la baisse des cours de la Bourse et du rendement des actions. Dans ces conditions, les rémunérations seraient excessives (3): en 2002, celle du dirigeant n° 1 français O-J Lindsay (l’Oréal) est de = 6,225 millions ¬ , celle du n°2, Jean Marie Messier (Vivendi Universal) = 5,720 millions ¬, celle du 14ème, Louis Schweitzer (Renault) = 1,664 millions ¬ + 130 000 stock options. Des rémunérations de misère, comparées à celles des dirigeants américains : n°1, M. Barbakow – Sté Tenet Healthcare = 116,683 millions $, le 14ème, M. Purcell (Morgan Stanley) = 23,802 millions $ ! De la même manière, les actionnaires britanniques sont outrés par l’exigence de leur " fat cat " (chat gras) Jean Pierre Garnier, Directeur Général du 2ème groupe pharmaceutique mondial (GSK), tentant de se faire attribuer un " parachute en or " de 31 millions ¬ à son départ, même en cas de mauvaise gestion. Ces chiffres donnent le " tournis ". Y aurait-il un Gouvernement qui oserait proposer un Revenu maximum ?

Face aux évènements récents internationaux, et nationaux, les peuples ont compris que le contrôle démocratique du pouvoir et de son exercice ne peut s’exercer que par eux. La première bataille est gagnée. Celle de la prise de conscience par les peuples des manipulations dont ils sont l’objet. Ils se sont mobilisés massivement contre la guerre en Irak et en ont dénoncé les causes réelles. Le mouvement social en France contre la réforme des retraites, contre la décentralisation et la privatisation des services publics, en appelant à la défense de la solidarité sociale, comme la Sécurité sociale et la lutte contre les exclusions, est déterminé. La dénonciation de l’illégitimité du G 8ce club de riches qui refuse de lutter réellement contre la fraude financière, le blanchiment d’argent, et les pavillons de complaisance, qui légitime la guerre, le militarisme et la régression au nom de la lutte contre le terrorisme " exprime les oppositions profondes des peuples à la politique ultralibérale, dont le seul objectif est le laisser-faire dans un marché mondialisé.

La bataille " pour un autre monde " n’est pour autant pas gagnée. Il y a loin entre la dénonciation et l’unité pour construire un autre modèle de société ! L’information, l’échange, la mise au jour des discours de façade, y contribuent, l’action collective locale, nationale et internationale également.

Odile Mangeot

 

Notes :

(1) " Bechtel et du sang pour de l’eau : la guerre, une excuse pour étendre l’hégémonie des Transnationales " Grain de sable d’ATTAC n° 425 du 20 mai 2003.

(2) voir article dans bulletin n° 22-octobre 2002 " la guerre de l’eau  à Cochabamba "

(3) Le Monde 23.05.03 

 


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