L’agriculture paysanne :
une agriculture au service de la société
Le Projet de la Confédération Paysanne
Contribution d’Odile Mangeot
d'après "Le Monde n’est pas une Marchandise"
de José Bové et François Dufour
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« C’est une rupture fondamentale quand, dans l’histoire syndicale, le syndicat ne s’arrête pas à la défense des conditions de travail, du revenu, de l’emploi, mais  s’interroge sur la finalité sociale et écologique du travail et de l’activité humaine » José Bové

« Cette rupture s’exprime dans ce que nous avons appelé l’agriculture paysanne. C’est à la fois une pratique et un projet. Un projet que nous avons formulé progressivement à partir de nos luttes, de nos actions de défense des paysans et de résistance au productivisme. C’est un système cohérent qui intègre à la fois des techniques et des valeurs différentes, et qui exige une politique différente pour exercer et vivre le métier de paysan. »François Dufour

C’est le refus d’une agriculture duale, à deux vitesses, celle à vocation exportatrice, qui reçoit 80 % des aides publiques et qui bénéficie à 20 % des agriculteurs, et celle de la petite agriculture à qui on demanderait l’entretien de l’espace rural.

Que dire des résultats de la mise en œuvre de la PAC –politique agricole commune- au regard des chiffres suivants ? Entre 1970 et 2000, les producteurs de porcs sont passés de 60 000 à 24 000 alors que la production du porc a doublé. En 1984 (mesure des quotas laitiers préconisée par Rocard) les producteurs de lait étaient 450 000, ils sont 109 000 en 2000 et ne devraient plus être que 70 000 en 2010.  Il y aurait trop d’arboriculteurs ! Le Gouvernement françis, à la demande de la Fédération nationale des producteurs de fruits (section spécialisée de la FNSEA) concocte un nouveau plan d’arrachage de pommiers et pêchers, sous la forme d’aides à la cessation d’activités, 8 600 ha de vergers en pommes et pêches, soit environ 1 500 à 2000 petites exploitations agricoles qui selon la FNSEA font une concurrence déloyale aux usines à fruits ! Il est prévu également l’arrachage de 5 000 ha de variétés dites « obsolètes », avec l’aide de primes de 30 000 F par ha, ainsi que, si le bénéficiaire le souhaite, une prime pour replanter des variétés « adaptées au marché » !  « Le monde est tombé sur la tête » Si l’on constate qu’il y a trop de golden, pourquoi ne pas réduire le tonnage à l’hectare au lieur d’arracher ?

La Confédération paysanne défend une agriculture qui répond à l’ensemble des besoins de la société : besoins alimentaires, besoin d’animation du milieu rural,  besoin de biens et services rendus par l’agriculture concernant le cadre de vie, le paysage, la gestion du territoire, besoin concernant la qualité et la diversité du milieu naturel.

« Produire – employer – préserver » tel est le slogan de l’agriculture paysanne, défendu par la Confédération paysanne, soutenue par la Coordination paysanne européenne, et au niveau mondial par Via Campesina.

Le paysan produit des biens marchands et non marchands. Le droit à produire est un  droit au travail et un droit au revenu. Il s’agit donc de répartir les volumes de production, afin de permettre au plus grand nombre d’accéder au métier et d’en vivre. L’agriculture paysanne repose sur la solidarité, qui se fonde sur le droit de chaque peuple, de chaque Etat du monde d’organiser sa sécurité alimentaire, donc de protéger son agriculture, le droit de chaque paysan, de participer à la production et à la sécurité alimentaires du pays. L’Etat doit définir une politique agricole, intervenir pour organiser la production et fixer le cadre dans lequel le marché doit s’exercer. L’agriculture paysanne doit permettre à un maximum de paysans répartis sur tout le territoire de vivre décemment de leur métier en produisant sur une exploitation à taille humaine une alimentation saine et de qualité. Assurer la bonne qualité gustative et sanitaire des produits doit être officiellement reconnue, identifiable et vérifiable par le citoyen.

L’agriculture n’est pas un monde à part. L’activité agricole doit être partie prenante de la vie économique et sociale. Elle peut être un lieu d’accueil, d’insertion et d’équilibre du territoire. Elle doit donc mettre en œuvre des partenariats avec les autres secteurs d’activité. Elle a une dimension sociale fondée sur l’emploi. Paysans, néoruraux et citadins tissent de nouveaux liens sociaux, dans lequel l’enjeu majeur est la redéfinition du métier de paysan : c’est elle qui va décider si la ferme reste le pivot de la réorganisation des occupations du territoire ou une annexe de parcs de loisirs.  Depuis déjà des années, les paysans s’engagent dans des activités complémentaires à leur métier : vente directe de produits fermiers, circuits courts de distribution )marché, tournées, ventes par minitel) agrotourisme (visites de ferme, chambre et table d’hôtes…) pédagogie (classes vertes, stages…) Cette réinvention de la campagne par les paysans renouvelle les rapports sociaux. La pluriactivité est  une vieille tradition de nombreuses  régions On était horloger, ramoneur, fabricant de jouets en bois… aujourd’hui pisteur, employé des remontées mécaniques, moniteur de ski…Le danger, c’est de brandir la pluriactivité et la diversification pour boucher les trous d’une société rurale qui a été complètement déglinguée par l’agro-industrie.

L’agriculture paysanne a une fonction écologique. Elle respecte les consommateurs et la nature. Les éléments physiques du milieu naturel : l’eau, le sol, l’air constituent l’outil de travail du paysan, sont le bien de tous. Ils n’appartiennent pas au paysan. Ils doivent être préservés, afin d’assurer la pérennité de leur utilisation par les générations futures. « On n’hérite pas la terre de nos parents, on l’emprunte à nos enfants ». L’agriculture paysanne adapte ses productions au contexte pédoclimatique. Elle met en valeur les facteurs qui sont abondants et renouvelables et économise ceux qui sont rares et non renouvelables. Les populations animales et végétales les plus diverses appartiennent au patrimoine de l’humanité. Le paysan a le devoir de préserver cette biodiversité pour des raisons historiques, car il n’a pas le droit d’arrêter une histoire de la vie qui s’est enrichie au fil des générations, pour des raisons économiques, car certaines des variété et des espèces sont particulièrement adaptées à certains territoires et sols ; au même titre que la terre, le paysan emprunte la biodiversité à ceux qui le suivent. Il faut la transmettre et l’enrichir.

L’agriculture paysanne répond à l’ensemble de ces principes, qui sont interdépendants. Ils n’ont de valeur que raisonnés à long terme et de manière globale, pour tenir compte de la dimension sociale, économique et environnementale. Le développement de l’agriculture paysanne passe au moins par deux conditions :
le cadre politique qui, au lieu de favoriser l’industrialisation et la concentration, doit soutenir l’agriculture paysanne et  les choix personnels des paysans sur leur ferme : espace d’initiative et de responsabilité. Toute forme d’agriculture est un ensemble de données technico-économiques, quantitatif ou qualitatif, qui font que ses effets sur la société sont positifs ou négatifs. La charte de l’agriculture paysanne remet « la balle au centre » à un moment où tout le monde prétend promouvoir l’agriculture durable : au moment où l’agriculture durable est souvent réduite à la prise en compte, à titre curatif, de certains éléments environnementaux.

Odile Mangeot
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